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Les Aventures de
Belle Lurette

Chapitre 1 : Belle Lurette et ses parents

Au magnifique royaume de Saint Glin Glin, il y avait un château, et
dans ce château vivaient le Roi Cléobert et la Reine Myrthilde.
Le Roi et la Reine s’aimaient beaucoup et donnèrent bientôt le jour à une petite fille.
Cette petite fille fut appelée Belle Lurette.
« Belle » parce qu’elle était belle, et « Lurette » comme Lucette ou
Laurette - les prénoms de ses deux grand-mères - mais c’était plus original !

Belle Lurette était une petite fille heureuse, élevée avec amour.
Sous le regard bienveillant de ses parents, elle se révéla bientôt être une fillette pleine de joie de vivre, mais aussi curieuse, au caractère bien trempé.
- Cela lui passera, disait le roi Cléobert, à sa femme qui s’en inquiétait.
Belle Lurette grandit et devint une très jolie jeune fille.

Mais à l’aube de ses seize ans, ses parents la convoquèrent
solennellement dans la grande salle de réception du château.

- Eum, eum, fit le roi Cléobert, pour s’éclaircir la voix.
- Bien, bien, fit la reine Myrtilde, comme entrée en matière.
- Ma chère enfant, reprit le roi Cléobert, tu es grande maintenant
et dorénavant, tu vas devoir assumer ton rôle de Princesse du
Royaume de Saint Glin Glin.

Belle Lurette étonnée, ouvrit de grand yeux puis fronça les sourcils.
Elle se tut, et croisa les bras en attendant la suite.

- Il est temps pour toi, continua Cléobert, de prendre
connaissance de la charte de ta fonction. En effet, les princesses ont des droits et des devoirs à respecter ! N’est ce pas Myrtilde ?
Et il se tourna vers sa femme qui approuva de la tête.
- Alors, marmonna Cléobert en déroulant un long parchemin, ah voici !
Et il se mit à lire :

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CHARTE OFFICIELLE DE LA FONCTION PRINCESSORALE


Article 1 :

Une princesse doit être toujours belle et bien vêtue. Dans ce but, seuls les corsets et robes magnifiques seront autorisés. Les tenues et coiffures seront changées tous les jours. En conséquence, les activités sportives sont proscrites.

Article 2 :

Une princesse doit être souriante mais discrète. Les rires, et manifestations trop débridées sont à oublier.

Article 3 :

Une princesse doit éviter de froisser qui que ce soit, en gardant ses opinions pour elle-même.

Article 4 :

Une princesse ne se met jamais en colère et doit être toujours d’humeur égale.

Article 5 :

Une princesse évite d’être plus intelligente que les autres - même si elle l’est -

Article 6 :

Une princesse se fait servir et ne fait rien par elle-même.

Article 7 :

Une princesse doit épouser uniquement des princes.




Belle Lurette écoutait sans rien dire mais n’en croyait pas ses oreilles !
Elle se rendit compte, que même avec tout le respect qu’elle portait à ses parents, elle ne voulait absolument pas devenir princesse.

Elle qui aimait grimper aux arbres, chanter à tue-tête dans son bain, dire des gros mots, ne pas se laver les cheveux tous les jours.
Elle qui aimait porter les pantalons confortables de son père plutôt que des corsets étouffants, et garder des poils sous les bras - parce que ça tient
chaud l’hiver - Non, elle ne pouvait vraiment pas accepter toutes ces contraintes !

- Je refuse, dit-elle d’une voix forte et déterminée, coupant la parole à son père qui faillit s’étrangler.
Il y eut un silence.

- Pardon ? tonna soudain Cléobert, tandis que Myrtilde se cachait le visage dans ses mains, craignant la colère de son mari qui était un peu soupe au lait.
- Je refuse, répéta Belle Lurette, dans ces conditions, je ne veux pas être une princesse !
- Ah, mais tu n’as pas le choix ma fille ! lui ordonna son père, ton destin est tout tracé : le royaume de Saint Glin Glin a besoin d’une princesse, tu seras celle-ci ma fille, et plus tard, tu épouseras un prince et deviendra reine !

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Belle Lurette qui avait du caractère, se mit en colère, protesta tant qu'elle put… Mais rien n'y fit, alors elle se réfugia dans sa chambre, et ne voulut plus en sortir.
Chaque jour, des femmes de chambre venaient l'habiller somptueusement et lui apportaient ses repas. Mais peu à peu, elle n'eut même plus le goût de manger, elle qui était si gourmande, elle dépérit et trouva la vie bien triste. Ses parents se désolaient mais ne voulurent pas céder.

Belle Lurette qui pleure dans sa chambre

Chapitre 2 : La princesse fugueuse

Une nuit, elle se ressaisit et décida de s'enfuir.
Elle fut obligée de partir à la va-vite, de peur de manquer de courage.
Alors, elle garda la belle robe et les belles chaussures qu'on lui avait mis le matin-même, et sortit discrètement de sa chambre, quand elle fut sûre que ses parents dormaient.
Une fois dehors, elle se mit à courir le plus vite possible.
Mais la robe et les chaussures la gênaient, il fallait qu'elle enlève tout ça si elle voulait être plus rapide ! Elle finit par s'arrêter en lisière de forêt, toute essoufflée, et essaya de se débarrasser de sa robe.
Mais sitôt qu'elle enlevait une manche, celle-ci se glissait à nouveau le long de son bras, sitôt qu'elle descendait le jupon, celui-ci remontait aussi vite, sitôt qu'elle dénouait le corset d'un côté, il se resserrait de l'autre.
Elle était prisonnière de sa tenue ! Épuisée et malheureuse, elle se mit à pleurer.
Alors, la magie de la forêt opéra, les arbres et les animaux de nuit se mirent à parler.
- Qui est-ce ? demanda un Chêne.
- Ouh c'est Belle Lurette, lui répondit le hibou.
- Pourquoi pleure t'-elle ? demanda une fougère.
- Parce qu'elle ne veut pas devenir Princesse, chuchota un buisson.
- Oh ! comme je la comprends, être Princesse, quelle plaie ! s'exclama une chouette, chers amis aidons-la !

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Les arbres, fougères et buissons se mirent à bouger sous l'effet d'une petite brise, et avec une infinie douceur, firent glisser leurs plus petites branches et leurs feuilles les plus veloutées - pour ne pas risquer de griffer la peau - sous la robe et le corset.
Et en une seconde tout fut enlevé, chaussures comprises ! Belle Lurette se retrouva presque nue.
- Je vous remercie dit-elle en frissonnant, j'ai un peu froid...
- Patience jeune fille, dit la Fougère.
Et la petite brise se remit à souffler.
Elle sentit une caresse sur ses pieds et se retrouva avec de confortables chaussures en mousse. Puis un petit souffle chatouilla ses épaules, et une douce chemisette en plume lui couvrit le torse. Le petit souffle descendit sur ses jambes et un pantalon de grandes feuilles vint lui ceindre la taille.
Enfin la chouette déposa délicatement sur sa tête, un adorable petit béret tissé de branches de sapin.
- Dans un an et un jour, si tu n'es pas de retour, tu ne pourras plus jamais redevenir princesse, prévint la Fougère.
- Je suis d'accord, dit Belle Lurette, dites-moi Mme la Fougère, c'est par où le monde ?
- Patience jeune fille, le monde est partout, dit la Fougère, il faut juste commencer à suivre un chemin.
Belle Lurette hésita, lequel prendre ?
- Lequel est le bon Mme La Fougère ? demanda-t'-elle.
Mais la fougère ne répondit plus, elle se contenta de se balancer doucement dans la brise nocturne.
Peu importe, se dit Belle Lurette, elle regarda autour d'elle et se décida à prendre le chemin qui semblait se diriger vers la lune. Elle marcha d'un bon pas et savoura ce moment de calme sous les étoiles, puis peu à peu elle sentit la fatigue l'envahir et finit par s'allonger au pied d'un arbre, pour s'endormir.


Belle Lurette qui dort pied arbre

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Chapitre 3 : Première rencontre


Au petit matin, elle rêvait qu'elle était dans son lit,
mais voilà qu'il pleut dans son lit !
Un coup de tonnerre la réveilla en sursaut ! Une petite pluie tombait doucement.
La jeune fille mit quelques secondes à se rappeler les évènements de la veille,
elle s'étira et se remit en route pour chercher un abri.
Bizarrement, cela lui plaisait de marcher sous la pluie, elle avait un peu froid,
mais savourait cette sensation qu'elle n'avait pas eu souvent l'occasion d'expérimenter.
À Saint Glin Glin, on lui interdisait de sortir sous la pluie, « mais ma fille, ça ne se fait pas ! » lui disait Myrtilde.

Les gouttes glissaient sur ses joues.
- On dirait des larmes, se dit-elle, je suis trempée quelle joie !
Oh ! les oiseaux chantent, eux aussi aiment la pluie !
Et tout à coup, elle se mit à chanter à pleine voix.
La pluie cessa peu à peu, Belle Lurette continua à marcher et bientôt le soleil apparut et sécha ses vêtements.

Elle chemina quelque temps dans la forêt.

Une saison peut-être… La plus rousse.

Elle apprit à boire dans les feuilles et suivait les écureuils pour manger des noisettes et des baies.
Le temps était plutôt beau, et la vie était belle.
Chaque jour elle chantait en marchant.

Un jour, en bordure de clairière, alors qu'elle chantait à pleine voix, tout à coup elle faillit marcher sur quelqu'un !
Ce quelqu'un était allongé au pied d'un arbre et, confortablement installé, ronflait très fort.
Il enlaçait une bouteille vide comme si c'était son doudou.
Il semblait tout à fait heureux et rêvait sûrement à des choses agréables car un sourire béat flottait sur ses lèvres.

Belle Lurette l'examina et se dit que quelque chose clochait. Ce personnage était bizarre...
Ah oui, il était tout petit ! Alors c'était sûrement un enfant ??
Elle se pencha un peu plus, pour mieux le regarder, et tout à coup,
le dormeur émit un petit rôt qui sentait une drôle d'odeur !
Belle Lurette se boucha le nez, beurk...
Elle prit délicatement la bouteille vide et lut l'étiquette: « Sirop de Sureau, cuvée d'automne ».

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J'aime mieux ça, se dit-elle, mais que fait cet enfant tout seul dans la forêt ?
Intriguée elle se pencha de nouveau et le secoua doucement:
- Réveilles toi, mais réveilles toi donc mon petit !
Le personnage ouvrit un œil, puis l'autre… Et se redressa d'un coup !

- Hein ? Quoi ?dit-il d'une voix pâteuse, ne parlez pas comme ça, pourquoi criez-vous ?... J'ai tellement mal à la tête !
Et il rôta si fort qu'une nuée d'oiseaux s'envola.
- Mais enfin, que fais tu là ? Où est ta maman ? lui demanda Belle Lurette.
- Ma maman, ma maman, mais que viens faire ma maman là-dedans !?
Et puis arrêtez de me parler comme si j'étais un enfant !
Il se mit debout tant bien que mal, bomba le torse et annonça fièrement:
- Je ne suis pas un enfant, je suis un nain !
- Oh je suis désolée, s'excusa Belle Lurette, il faut dire que vous ressemblez un peu à un enfant… Quoique… Maintenant que vous le dites.

Il est vrai qu'après un examen plus minutieux, elle constata que le personnage portait une barbe,
et que son visage ressemblait à un adulte qui n'aurait pas grandit.

Le nain s'étira et baya longuement, puis il sortit une paire de lunettes de sa poche qu'il chaussa sur son nez.
- Bien dit-il satisfait, je suis désolé de vous accueillir comme ça, mais nous avons fait une petite fête…
Disons, bien festive, hier soir... Voyons, à qui ai-je l'honneur ? Oh mais vous êtes une demoiselle !
- C'est plutôt à moi de vous demander ce que vous faites par ici ?
- Je suis la princesse du royaume de Saint Glin Glin, répondit Belle Lurette, et je me suis enfuie.

- Une princesse ? ricana le nain, eh bien vous n'avez pas du tout l'air d'une princesse, plutôt d'un épouvantail !
Et il se mit à rire de sa petite plaisanterie, à rire mais à rire, comment dire ? D'un grand rire joyeux, à se taper sur les cuisses et se faire mal au ventre !

La jeune fille fronça les sourcils, elle souleva son béret et toucha ses cheveux.
C'est vrai qu'ils étaient bien emmêlés, et son pantalon de feuilles était tout froissé.
- Il ne faut pas vous fier aux apparences Monsieur le Nain qui ressemble à un enfant,
moi je suis une princesse qui ressemble à un épouvantail, c'est comme ça ! Nous sommes quittes ! Et elle se mit à rire avec lui.

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Chapitre 4 : L'accueil des nains et la vieille femme

Belle Lurette sympathisa finalement avec le nain, à qui elle conta son histoire.
Celui-ci hochait la tête en écoutant, puis lui proposa de faire une halte chez lui.
- Enfin, chez nous, lui expliqua-t-il tout en marchant, car nous sommes sept, comme les sept merveilles du monde, ajouta-t-il avec malice.
- Oh, c'est une grande famille alors ! s'exclama Belle Lurette, moi, j'aurais adoré avoir des frères et sœurs.
Ils arrivèrent bientôt dans une clairière où se trouvait une maisonnette à la cheminée fumante. Le nain sonna une cloche qui était accrochée près de la porte, et aussitôt parut aux fenêtres et à la porte, une foule de petits personnages qui se ressemblaient… Et ne se ressemblaient pas ! Comme des grains de sable.
- Oh ! dit l'un, regardez, il y a une jeune fille !
Tous entourèrent Belle Lurette pour lui souhaiter la bienvenue et lui posèrent un tas de questions. Il fallut qu'elle raconte son histoire une deuxième fois.
Il y eut une certaine émotion quand elle leur expliqua qu'elle était une princesse en fuite, car incomprise de ses parents.
- Mon dieu quel malheur ! dit l'un d'eux les larmes aux yeux, j'aurai bien besoin d'un petit remontant moi ! Aussitôt un bouchon sauta au plafond et des verres circulèrent.
- Mais comment allons nous faire pour vous accueillir comme il se doit ? s'inquiéta un autre qui sirotait sa boisson.
- C'est vrai ça, nous n'avons pas la literie qu'il faut ! renchérit un autre, en se resservant un petit coup, une vraie princesse n'a-t-elle pas le dos délicat ?
Ne lui faut-il pas plusieurs matelas de plumes d'oies empilés, pour que ce soit plus doux ?
- Et sans petit pois caché dessous, précisa doctement un troisième, oh mon verre est déjà vide ?
À leur grande surprise, Belle Lurette refusa tant de luxe et leur expliqua que bien qu'étant une authentique princesse, elle pouvait dormir n'importe où.
- Vous buvez toujours autant ? Demanda-t-elle
- Ah mais ce n'est que du sirop avec un peu d'eau pétillante mademoiselle ! dit un quatrième, certes nous sommes de bons vivants, mais sobres !
D'ailleurs je propose d'organiser une petite fête ce soir en votre honneur !
Il y eut un hourra général et ainsi fut fait !
Belle Lurette resta quelque temps chez les nains.

Une saison peut-être… La plus froide.

Elle se prit d'amitié pour ses petits hôtes. Ils étaient charmants, attentionnés et très, très joyeux ! Chaque évènement même minime, devenait prétexte à une fête, et autour d'un bon repas, on débouchait une bouteille de sirop de sureau, ou d'ortie, ou de mélisse, ou de verveine…
De plus, les nains étaient de fins cuisiniers ce qui ne gâtait rien.
Et ils faisaient des blagues toute la journée, des blagues qui les faisait se rouler par terre de rire !
Au début, ils refusèrent que Belle Lurette fasse quoique ce soit, car tout de même, pour une princesse, ce n'était pas correct !
Mais elle voulut absolument être utile. Et entre la cuisine et la coupe du bois, elle choisit la coupe du bois.
Et pourquoi pas ? leur dit-elle, surprise de leurs airs étonnés.
Mais les nains comprirent très vite qu'elle n'était pas une princesse comme les autres, et la laissèrent totalement libre de faire ce qu'elle voulait.

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La vie était douce au coin du feu, car la neige eût bientôt recouvert la clairière et la maison.
On faisait des concours de blagues, on chantait, on jouait à des jeux de société, et on faisait même des batailles de boules de neige !
Un jour que les nains étaient partis rendre visite à des amis qui les avaient invités à une fête, une vieille femme vint frapper à la porte.

Belle Lurette qui était donc seule ce jour-là, lui permit d'entrer car il faisait très froid dehors.
La vieille femme avait appris que les nains hébergeaient une vraie princesse - grâce aux ragots qui circulaient dans la forêt - et expliqua qu'elle était commerçante et proposait à la vente, quantité de choses, comme par exemple un corset, que Belle Lurette refusa.
- Je n'aime pas les corsets dit-elle, ils m'empêchent de respirer.
Vous n'avez pas plutôt un pantalon ? Comme ça j'en aurai deux !
Non, la femme n'avait pas de pantalon, mais un peigne en véritable ivoire pour ses beaux cheveux, qu'elle refusa aussi.
- J'ai décidé de les couper très court aujourd'hui même, assura-t-elle, c'est plus pratique !
La femme contrariée, ne savait plus que faire, alors elle lui tendit une belle pomme bien rouge.
Belle Lurette qui commençait à en avoir assez et la trouvait trop insistante, fronça les sourcils :
- Une pomme ne suffira pas à faire une tarte, nous sommes sept, avec moi huit, et nous avons des appétits d'ogre.
Merci beaucoup Madame, mais il est temps de partir car j'ai à faire !

Et Belle Lurette la poussa dehors sans autres façons.
Dépitée la vieille sortit en la traitant de « Princesse mal embouchée ! ».

Vexée, elle repartit comme elle était venue.

Puis vint une autre saison... La plus parfumée et la plus fleurie.

Un matin, Belle Lurette se réveilla avec des fourmis dans les jambes, il était temps pour elle de reprendre la route.

Après des adieux chaleureux, elle quitta ses amis les sept nains, pour continuer son voyage, elle avait encore tant de choses à découvrir.
Elle repartit donc, avec plein de provisions dans sa besace, et autant de recommandations dans la tête.
Elle reprit son cheminement, et retrouva le plaisir de marcher en chantant.
Elle avait coupé ses cheveux, quelle joie, elle ne le regrettait pas, elle se sentait si légère sous son béret.
Avec son corps mince et son pantalon de feuilles, elle ressemblait à un garçon et cela ne lui déplaisait pas.
Elle aimait regarder sa nouvelle figure dans les flaques d'eau.
- Je ne suis pas mal en garçon ! Une princesse pourrait avoir envie de m'épouser... Et elle pouffa de rire toute seule, à cette perspective.

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Chapitre 5 : La chaussure

Peu à peu, elle quitta la forêt et traversa de grandes prairies.
Un jour, elle aperçut au loin, un château, perché sur une colline.
Elle eut un pincement au coeur car il ressemblait beaucoup au château de ses parents. Elle s'aperçut que ceux-ci lui manquaient.
Que pouvaient-ils bien faire ? Pourvu qu'ils ne soient pas trop tristes.
- Le lendemain matin, le château avait disparu.
- Voilà qui est bizarre, se dit-elle. Mais peu lui importait et elle continua sa route.

Elle arriva en lisière de forêt et se dit qu'elle pourrait peut-être faire une pause. Elle chercha le long du chemin un coin propice, et tout à coup, elle se figea.
Elle aperçut quelque chose d'étrange. Il y avait un objet devant elle sur le chemin, un objet posé au sol, qui brillait quand le soleil l'effleurait.
Belle Lurette prudente, s'approcha doucement.
Cet objet était une chaussure, une magnifique chaussure de femme !

Elle regarda autour d'elle très étonnée, mais ne vit personne.
Qui avait pu perdre une chaussure pareille ?
Peut-être quelqu'un venant du château qu'elle avait aperçu ?
Elle tourna autour, indécise. Que devait-elle faire ? Continuer son chemin ? Ramener la chaussure ? La laisser là ?
Mais elle ne fit rien de tout cela, elle prit la chaussure et par jeu, ne put s'empêcher de l'essayer. Elle enleva sa sandale en mousse et l'enfila.
Surprise, elle constata qu'elle lui allait parfaitement.

Elle admirait son pied ainsi chaussé, quand soudain, un grand remue ménage survint derrière elle. Quelqu'un, sûrement caché là depuis un moment, dégringola d'un arbre !

- Aïe ! Zut ! Mademoiselle ! Euh non monsieur ! Enfin qui que vous soyez, laissez cette chaussure tranquille !
Belle Lurette se retourna et se retrouva nez à nez avec un jeune homme.
Celui-ci était de jolie figure et ses habits, quoique en désordre à cause de la chute, n'était pas ceux d'un paysan.
- Oh ! Je suis désolée, s'excusa-t-elle, elle est à vous ?
- Oui ! ... Non! ...Enfin je veux dire, elle est à moi, mais elle est destinée à une jeune femme.
- Ah ! pardon mais... À qui ai-je l'honneur ?
- Oh oui monsieur, je me présente, je suis le Prince Léosias, et il lui serra la main de manière si virile qu'elle en eut mal aux doigts !
Elle faillit lui dire qu'elle n'était pas un « monsieur », mais comme la situation l'amusait beaucoup, elle n'en fit rien.

- Oui, vous comprenez, continua le Prince Léosias, je viens de très loin, et je cherche la jeune fille à qui cette chaussure ira parfaitement...
Elle sera ma future épouse, enfin c'est ce qu'on m'a dit... Alors je fais le guet en attendant qu'elle passe...

- Eh bien ! Vous êtes un prince drôlement obéissant ! se moqua Belle Lurette.
- Vous trouvez ?... Vous avez peut-être raison... Que voulez-vous, mes parents veulent absolument me marier.
- Et vous, qu'en pensez-vous ?
Le Prince soupira :
- Je vais vous faire une confidence... Je ne suis pas prêt.
Il y eut un silence, le Prince examinait le pied de Belle Lurette toujours paré de la chaussure.

- C'est incroyable comme elle vous va bien ! dit-il rêveur, vous avez de petits pieds pour un homme, c'est étrange, on m'avait pourtant dit qu'elle était destinée à une femme... Il la regarda attentivement.
- Vous êtes très joli garçon, on vous l'a déjà dit ?
Belle Lurette, gênée, se racla la gorge, elle n'avait aucune envie d'être découverte. Elle enleva précipitamment la chaussure.
- Bien, dit-elle d'une voix mal assurée et sautillant sur un pied pour remettre sa sandale de mousse, il se fait tard, il est temps que je reprenne la route, j'ai été très heureuse...
Je veux dire très heureux... de faire votre connaissance ! Et elle s'enfuit sans demander son reste.
- Attendez jeune homme, cria le Prince, je ne connais même pas votre nom !

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Chapitre 6 : Le Prince Léosias

Au magnifique royaume de St AGlaGla, connu pour ses paysages grandioses, mais aussi ses températures glaciales, il y avait un château et dans ce château, vivait aussi un Roi et une Reine qui s'aimaient beaucoup.
Peu après leur noces, ils donnèrent naissance à un petit garçon.

Ce petit garçon fut appeler Léosias, du prénom de son arrière Grand-Père,
qui s'était distingué par sa bravoure, aux temps anciens où la paix du Royaume était menacée.

Léosias grandit entouré de l'amour et de la bienveillance de ses parents.
Il se révéla être un petit garçon sensible et rêveur, qui aimait les livres, les papillons et les fleurs - cultivées en serre car il faisait très froid - Tout ceci inquiétait beaucoup son père qui aurait préféré qu'il joue à des jeux, disons... Plus masculins.

Pourtant, en grandissant, Léosias fit la fierté de ses parents, car il devint un excellent cavalier et appris à manier les armes comme personne.
Lui aimait bien d'autres choses aussi, comme lire, dessiner, ou écrire des poèmes.
Mais il avait vite compris qu'il était plus simple de garder ça pour lui.

À l'aube de ses seize ans, ses parents le convoquèrent solennellement dans la grande salle de réception du château.
- Ah, mon cher fils, s'exclama son père quand il entra dans la salle, je suis heureux que tu sois là. Ta mère et moi, nous avons quelque chose de très important à te dire.
- Très important à te dire, approuva la Reine comme un écho.
- Tu es grand maintenant, continua son père, et tu vas devoir assumer ton rôle de Prince du Royaume de St AGlaGla!

Léosias, un peu surpris de ce ton si théâtral, croisa les bras et attendit la suite. Il écouta attentivement ses parents, comme il le faisait toujours.

- Il est temps pour toi, continua son père, de prendre connaissance de la charte de ta fonction. En effet, il faut que tu saches, que les Princes ont des droits et de devoirs à respecter !
- Des devoirs à respecter, répéta la Reine, d'un air convaincu.
- Et le Roi se mit à lire :

CHARTE OFFICIELLE DE LA FONCTION PRINCIERE


Article 1 :

Un prince se doit d'être courageux et intrépide en toutes circonstances, ainsi il lui est interdit d'être faible, d'avoir peur, de s'enfuir ou de pleurer.

Article 2 :

Un prince doit connaître parfaitement le maniement des armes, et l'art équestre, ainsi, les activités sportives seront préférés aux études ou activités artistiques.

Article 3 :

Un prince doit aimer le pouvoir, car il sera amener à l'exercer, quand il succédera à son père et deviendra Roi à son tour.

Article 4 :

Un prince se doit d'épouser uniquement des princesses, pour assurer la continuité de la lignée royale. Le pragmatisme sera préféré à l'amour.

Article 5 :

À cet effet, et pour lui faciliter la tâche, une chaussure magique lui sera confié : la demoiselle à qui ira parfaitement cette chaussure magnifiquement ouvragée et réalisée par nos meilleures cordonniers, sera la future Reine.

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À  suivre…

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Tom le Petit Fantôme